L’espéranto, kio estas tio ?

Le 15 décembre célèbre la journée mondiale de l’espéranto. En tant que linguiste, je ne pouvais donc pas rater l’occasion de vous parler de cette langue si particulière.

Un peu d’histoire d’abord. L’espéranto est une langue créée de toute pièce en 1887 par le docteur Louis-Lazare Zamenhof dans son ouvrage Langue Internationale. Dans ce dernier, il y explique son projet, sur lequel il travaille alors depuis plus de 20 ans : inventer une langue simple à apprendre, commune à toute l’humanité, qui permettrait de dépasser les barrières des milliers de langues existant sur Terre. Le nom de cette langue vient du pseudonyme sous lequel Zamenhof publia son ouvrage : Doktoro Esperanto (« le docteur qui espère »).

En tant que linguiste, c’est donc une démarche passionnante, sorte de réponse à la fameuse Tour de Babel, dont la légende biblique dit qu’elle serait à l’origine du nombre incroyable de langues existant dans le monde. L’idée peut sembler utopique, certes, mais pas moins fascinante et impressionnante à la lumière de ce que Zamenhof a créé.

En effet, non content d’avoir eu cette « idée folle », son ouvrage publié en 1887 contient pas moins de 16 règles de grammaires, 900 racines de vocabulaire et quelques textes célèbres traduits en espéranto. 18 ans plus tard, il publiera de nouveau ces règles de grammaire, ainsi qu’un dictionnaire universel et un ensemble d’exercices dans un second ouvrage fondateur, « Fundamento de Esperanto ».

Tout comme la plupart des langues européennes, l’espéranto est une langue construite à partir de plusieurs autres. On y trouve ainsi des éléments empruntés au latin et aux langues romanes (comme le français ou l’espagnol), aux langues germaniques (comme l’allemand ou l’anglais), aux langues slaves (comme le russe ou le polonais) et au grec.

Tout cela est bien beau, me direz-vous, mais à quoi peu bien ressembler cette langue, plus précisément ? Sans rentrer dans les détails, voici quelques généralités.

Tout d’abord, l’espéranto comporte 28 phonèmes (5 voyelles + 23 consonnes), chacune ne représentant qu’un seul son, ce qui en fait une langue à l’orthographe parfaitement phonétique.

Fondé sur 16 principes grammaticaux, l’espéranto n’admet aucune exception, ce qui le rend bien plus simple à apprendre que les autres langues.

Les verbes n’ont que 6 désinences : par exemple, -as pour le présent et -os pour le futur.

Des pronoms-adjectifs permettent de former des mots en ayant toujours le même sens : par exemple, on ajoute ki- pour l’interrogation et -neni pour la négation ; -am exprime la notion de temps et -u à celle de personne.

  • Ainsi, « neniam », la contraction de la négation -neni et du pronom-adjectif -am, désignant le temps, signifie « jamais » ;
  • et « kiu », la contraction de l’interrogation ki- et du pronom-adjectif -u, qui exprime la personne, signifie « qui ».

L’ordre des mots est assez libre, même si la construction sujet-verbe-complément est la plus fréquente.

Cette langue a rencontré un vif succès lors de la publication de « Langue Internationale », dépassant même les espérances de son créateur. Publié en russe, le livre a rapidement été traduit et le nombre d’apprenants a augmenté, d’abord en Russie, puis en Europe de l’Est, avant d’arriver en Europe occidentale et même en Amérique ou en Asie ! Un premier Congrès a eu lieu à Boulogne-Sur-Mer en 1905, permettant de donner vie à cette langue, qui existait jusqu’alors surtout à l’écrit, en l’utilisant dans des échanges ou des réunions. C’est à la suite de ce Congrès qu’a également été publié « Fundamento de Esperanto », qui a fixé encore un peu plus les règles de cette nouvelle langue. La création de l’ONU, après la première Guerre Mondiale a permis à l’espéranto de revenir sous le feu des projecteurs, puisque cette langue commune à toute l’humanité semblait, pour des raisons évidentes, une option intéressante, en totale adéquation avec les objectifs de cette nouvelle organisation internationale. Mais la montée des totalitarismes dans les années 30, puis la seconde Guerre Mondiale, ont eu raison de cet enthousiasme. Durant la deuxième moitié du XXe siècle, un nombre croissant de clubs et d’organisations dédiés à l’espéranto ont vu le jour, mais c’est l’essor d’Internet, au début des années 2000, qui a permis un réel regain d’intérêt pour cette langue, en facilitant les possibilités de trouver des méthodes d’apprentissage en ligne.

L’apprentissage est souvent réalisé en autodidacte ou dans des associations, même si de plus en plus d’universités essaient de proposer des cours, voire des cursus, dans cette langue. La Commission européenne s’est d’ailleurs elle-même penchée sur la question et soutient financièrement la création d’un programme d’apprentissage de l’espéranto dans une quinzaine de langues. L’UNESCO a également adopté plusieurs recommandations en faveur de cette langue et « Le courrier de l’Unesco » est d’ailleurs disponible en espéranto depuis 2017. Ainsi, bien que n’étant la langue officielle d’aucun pays à ce jour, on peut voir qu’un réel intérêt pour cette langue existe néanmoins, qu’il émane de personnes physiques ou d’organisations.

Estimer le nombre de locuteurs est particulièrement compliqué, mais on pense aujourd’hui que 2 millions de personnes, réparties dans 120 pays, savent parler cette langue. Cette communauté célèbre sa langue le 15 décembre, jour de l’anniversaire de Louis-Lazare Zamenhof.

Pour finir, je vous propose quelques petites phrases simples en espéranto, afin que vous puissiez avoir une meilleure idée de ses sonorités :

  • bonjour : saluton
  • oui : jes
  • non : ne
  • bonsoir : bonan vesperon
  • Comment vous appelez-vous ? : Kio estas via nomo ?
  • Je m’appelle… : Mia nomo estas…
  • Parlez-vous espéranto ? : Ĉu vi parolas Esperante ?
  • Qu’est-ce que c’est ? : Kio estas tio ?

J’espère que cet article vous a plu et vous a permis de découvrir cette langue passionnante. Si vous souhaitez l’apprendre, l’application gratuite Duolingo propose des cours dans cette langue. De nombreux documents sont également disponibles pour pouvoir lire en espéranto (250 000 articles, par exemple, sur Wikipédia, ainsi que des journaux ou magazines) et il existe également des chansons et des stations de radio pour l’écouter… Bref, il y a de quoi satisfaire sa curiosité ! Alors souhaitons une bonne journée à tous les locuteurs de cette langue en ce 15 décembre !


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